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Réponse d'un polytechnicien à la tribune hors-sol de son camarade, florissant promoteur éolien.

Cher Camarade Barbaro, Patron de la société cotée NEOEN, opérateur d’énergie qui parsème nos campagnes d’éoliennes, le 26 mars, 10ième jour du confinement national, tu t’es fendu d’un entretien dans le journal « Les Echos ».

Échange de bons procédés sans doute, il s’agit de quelques lignes de publicité rédactionnelle pour ce journal qui doit absolument remplir ces colonnes, en ces temps de sinistrose avec des articles porteurs d’espoir … Si c’est effectivement ce que recherchait le journal, penses-tu sincèrement avoir atteint l’objectif ? Je te cite : « grâce à nos contrats de long terme qui fixent le prix de vente de l’électricité produite dans nos centrales pour 10 ou 15,20 ou 25 ans, on a du chiffre d’affaires qui rentre malgré la crise… ». L’économie mondiale est littéralement à l’arrêt ; chaque mois de confinement provoque une contraction de 3 à 4% des PIB ; tu nous expliques que, quoiqu’il arrive, le chiffre d’affaires de ta société est préservé. Cela laisse rêveur, sur quelle planète es-tu ? Penses–tu vraiment redonner de l’espoir aux lecteurs de ce quotidien ou ton message s’adresse t'il à d’autres cibles ?

- Tes actionnaires ? Non assurément, trois coups de fil auraient suffi pour couvrir 70% du capital et notamment au camarade Veyrat qui contrôle 50% des titres de NEOEN.

- Tes salariés ? Oui, bon, le sort des 112 salariés français de ton groupe obligés de rester chez eux est bien triste mais cette centaine de salariés partagent le même sort que des millions d’autres travailleurs salariés, indépendants ou précaires, obligés eux aussi de rester à la maison avec des « bruits d’enfants », pour reprendre le verbatim de ton interview. Mais nul doute que le groupe (36 m€ de résultat net en 2019) pourra dégager quelques moyens pour rendre leur sort plus doux et surtout plus sécurisant que celui de bon nombre de nos concitoyens. Une communication interne (mails ou appels téléphoniques), à la portée de n’importe quelle PME, aurait d’ailleurs pu suffire.

- Tes banquiers ? Là, ce sera plus dur et je ne suis pas sûr qu’un entrefilet dans une feuille de chou, suffise. Les voilà empêtrés dans des prêts de très long terme ; les dettes nettes de NEOEN se sont envolées de 74% en un an (1,8 milliards d’euros à fin 2019) et représentent maintenant 8,3 années d’EBITDA contre 6,24 années un an auparavant ; dur, dur…

- Tes clients et néanmoins contribuables ? Dieu merci, à toute chose malheur est bon ! Le Green New Deal d’un coût de 1.000 milliards d’euros, lancé à grands coups de trompettes avec l’aide de la presse, par les technocrates de la Commission Européenne, ne survivra pas à la crise. Aujourd’hui, tu nous vends ta production électrique 80 €/ MWh. Dans le même temps, le prix de marché du MWh – indicateur avancé de l’activité économique- s’est effondré passant de 40 €/MWh (octobre 2019) à 20 €/MWh ; il va rester probablement scotché à ces niveaux. De sorte que la subvention dont bénéficie ton produit - ce produit que le client est obligé d’acheter même s’il n’en a pas besoin - est passée de 40 €/MWh (80 € -40 €) à 60 €/MWh (80 €-20 €) : + 50% en quelques mois ! Penses-tu que la situation puisse perdurer ? Crois-tu sincèrement que cette subvention pour un produit inutile, parce que non- pilotable, sera assurée pour 10, 15, 20, 25 ans, comme tu nous l’expliques dans ton interview ? Les 2 mois de confinement de la population mondiale se traduiront par une contraction de 7 à 8 % du PIB mondial annuel.

La sortie de crise se traduira par une révision drastique de la politique des États ; ils devront se réveiller de la léthargie mortifère dans laquelle les avaient plongés les écologistes anti-nucléaires, les technocrates inconséquents et les financiers peu scrupuleux. Pour de nombreux ménages, la sortie de crise devra se traduire par un retour aux fondamentaux : se nourrir, se déplacer, se vêtir, pourvoir aux besoins élémentaires des siens ; l’énergie fait effectivement partie des besoins vitaux. Les milliards de subvention accordés à ton secteur d‘activité en pure perte par la communauté nationale exsangue devront être réaffectés et c’est tant mieux. Tu te rappelles la devise de notre École : Pour la Patrie, les Sciences et la Gloire… En cette période de guerre, cette devise aux accents un peu désuets reprend du sens :

- La Patrie exigera que ses élites consacrent tous leurs efforts à son redressement.

- Elle demandera que ces élites réfléchissent au mot de Rabelais : Science sans conscience, n’est que ruine de l’âme.

- Elle réservera enfin sa reconnaissance à ceux qui ont eu le courage de travailler au profit du plus grand nombre et non au service de quelques financiers sans scrupule. Reçois, Cher Camarade, mes meilleures salutations, Michel Faure X 74, Ingénieur des Mines (R) PS : Par arrêté en février 2020, la préfète de Charente vient, hélas, de t’autoriser à ériger un site éolien de 15MW à Courcôme. C’est un projet de 20 millions d’euros de matériels importés ; pour le mener à bien, tu as constitué une société (Eoliennes Courcôme) au capital de 5.000 euros ; 5.000 euros risqués face à 20 m€ investis en matériels importés, cela en dit long sur l’effet de levier financier que tu vas rechercher.

Et comme d’habitude, tu dois tabler sur un chiffre d’affaires cumulé sur les 20 ans d’une cinquantaine de millions d’euros subventionné à plus de 70%.

On ne sait pas si les associations de défense de l’environnement arriveront à bloquer ce projet en Cour d’Appel mais le meilleur espoir réside maintenant dans une révision enfin de la politique énergétique qui se fera jour en sortie de crise.

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