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Démantèlement des éoliennes terrestres en France: Contraintes et perspectives

Mis à jour : nov. 20

Publié pour la première fois sur www.energeverite.com le 14 novembre 2020


1 Introduction

Le coût de démantèlement des éoliennes est un sujet de débat infini entre les tenants de la garantie financière de 50 000 euros exigée lors de l'autorisation d'exploiter et les tenants d'un réalisme s'appuyant sur un devis de démolition CARDEM de 450 000 euros pour éliminer une éolienne et ses fondations.

En l'absence actuelle de filière de recyclage du fait de la faiblesse de ce marché naissant, les coûts réels sont certainement proche du devis CARDEM que de 50 000 euros de garantie. Mais d'ici quelques années, comme nous le montrons dans nos tableaux, les candidats au démantèlement vont naître pour une nouvelle manne financière adossée à l'idée que les promoteurs voudront se montrer irréprochables même s'ils n'ont rien provisionné dans leurs comptes.

Il n'en reste pas moins qu'en régime de croisière la revente des produits recyclés ne rapportera rien dans les conditions actuelles du marché du recyclage : c'est ce que nous montrons ici. Les coûts de démantèlement que nous chiffrons en détail dépendent en outre de nombreuses hypothèses et sont loin des 50 000 euros affichés tant par l’État que par les industriels.

2 Données de Base


Les données utilisées pour apprécier le marché du démantèlement (=déconstruction + traitement des produits de démolition) des éoliennes terrestres sont reprises cis après :

La puissance raccordée était de 16 998 MW en Juin 2020. On notera que la région Grand Est qui présente la ressource éolienne la moins intéressante est une de celles qui fournit une des parts les plus importantes de la puissance raccordée.

Du point de vue de la production 2019 les régions Hauts-de-France et le Grand Est ont assuré Environ 50 % de la production 2019.

Source RTE

3 Analyse du marché du démantèlement et de ses contraintes :


Le démantèlement d'un parc élien est encadré par l'arrêté du 26 août 2011 :

NOR : DEVP1120019A paru au JO n°0198 du 27 août 2011.

www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2011/8/26//DEVP1120019A/jo/texte


Le démantèlement (=déconstruction + traitement des produits de démolition) des aérogénérateurs offre des caractéristiques particulières qui méritent d’être soulignées :

- Le tonnage annuel de matériaux de démantèlement à partir de 2020/2021 reste faible au regard du marché des déchets en France ; il ne commencera à être significatifs qu’à partir de 2026/2027,

- Hors fondations et routes d’accès, plate-forme de maintenance, le poids unitaire moyen d’une éolienne de 2 MW peut être évalué à 240 tonnes, soit pour 16 998 MW installés en juin 2020, un tonnage proche de 2 millions de tonnes hors fondations dont 7, 5 % de matériaux composites constitutifs des pales à éliminer sur une période 10 ans environ ; le principal tonnage à éliminer est représenté par les fondations qui a elles seules peuvent être évaluées à 12, 5 millions de tonnes de béton et à 1 millions de tonnes de ferrailles,


Les pales pèsent 8 % du poids total de l’éolienne Le parc français comptait 100 000 tonnes de pales en composite en 2014 Le flux de matières composites des pales sortant du parc français atteindra 15 000 tonnes en 2029. Source Ademe

- Ce tonnage réduit hors fondations est dispersé dans l’espace et dans le temps et concerne des zones rurales qui ne disposent pas, le plus souvent, d’infrastructures de stockage, de traitement ou de recyclage proches (cimenteries, centres d’incinération industriels, centres de tris et valorisation) ; cet élément est une source supplémentaire de coût liés aux transports (qui peut être évalué à un minima de 50 km/tonne au prix unitaire 0,70 € HT/tonne kilométrique),

- Le démantèlement nécessitera des moyens mobiles significatifs pour permettre le recyclage des produits de déconstruction : grues de 400 t et 50 t, pinces coupantes, broyeurs, brise béton … et faciliter le transport des éléments à recycler vers des filières pertinentes, la mise en dépôt dans des centres de stockage étant la solution de dernier recours,

- Les tonnages sont hétérogènes en termes de matériaux : béton, acier, matériaux composites, huiles, diélectriques, produits réfrigérants, circuits électriques, aimants, câblages électriques, fonte …

Ces éléments vont conditionner les moyens à mettre en œuvre pour assurer le démantèlement des éoliennes terrestres ; les éoliennes construites en mer relèvent, en effet, d’une toute autre organisation.


Les conséquences de cet état des lieux sont les suivantes :

- Les flux produits entre 2002 et 2025, soit environ 2% des flux installés en 2020, ne pourront être traités de façon optimale, et les coûts de démantèlement /traitement/transport dépasseront les gains de valorisation matière ou énergie que l’on peut espérer, notamment pour ce qui concerne les pales. Si l’on considère en première approximation que la quantité de matière est proportionnelle à la puissance installée, la démolition de la période 2022/2025 représente pour les seules pales 6800 tonnes qui finiront soit en centre de stockage, soit en incinération,

-ces flux sont peu attractifs en volume pour les filières professionnelles de démantèlement/recyclage/valorisation compte tenu de leur tonnage limité d’une part, de leur éclatement dans le temps et dans l’espace d’autre part qui génère un différé dans le temps de 5 à 8 ans de l’amortissement des frais fixes des installations de traitement,

- La production en zone rurale de produits pondéreux comme les bétons de récupération entrera en compétition avec de produits locaux à faible coût ; ces produits pondéreux ne supporteront pas de coûts de transport qui oblitéreraient un peu plus leur valeur marchande. En outre, l’absence de centre de traitement ou de valorisation dans certains départements comme la Meuse, la Haute-Marne, l’Aisne conduira à des coûts complémentaires de transport qui obéreront la valorisation matière ou énergie de produits de récupération,

- La dispersion dans l’espace des installations à démanteler conduit à privilégier des ateliers mobiles de démantèlement ; certaines parties constitutives des aérogénérateurs et des installations annexes comme les nacelles devront toutefois être orientées vers des plate formes industrielles de tri pour valoriser les composants,

- En rythme de « croisière », à l’horizon 2037, ce seront 10 000 aérogénérateurs qui devront être démantelés, mais avec une charge annuelle très variable de 300 à 500 aérogénérateurs entre 2029 et 2037 ; cette variation de charge n’est pas de nature à faciliter les prévisions d’investissements pour les professionnels de la démolition. Sur la base de quatre semaines de 40 heures de travaux par éolienne de 2 MW, ce serait à minima 12 à 36 ateliers de démantèlement mobile fonctionnant 50 semaines/an à deux postes qu’il conviendrait de mobiliser pour parvenir à maîtriser ces travaux.


4 L’état actuel des filières techniques de démantèlement et valorisation des aérogénérateurs

L’examen des techniques et de leur maturité auxquelles il est nécessaire de faire appel pour le démantèlement des aérogénérateurs montre que la valorisation matières ou énergie des produits de démolition est très loin d’être maîtrisées et restent le plus souvent au stade du pilote industriel.

Les éléments fournis correspondent au tonnage d’une éolienne de 2 MW :

Les pales représentent 18 à 20 tonnes par aérogénérateurs qu’il est indispensable de cisailler et broyer pour en maîtriser le transport. Constituées de fibre de verre et polymère, résine époxy ou polymère fibre de carbone avec résine époxy ou polymère. Le broyage peut être source d’émission de CO2 et de BPA (bisphénol A, perturbateur endocrinien d’après l‘ANSES). A ce jour, on ne sait pas valoriser les pales en fibre de verre autrement que par voie énergétique en cimenterie ; l’élimination des pales en centre de stockage de classe 2 correspond à un coût de à 60 à 70 € HT/t hors transport après broyage (100 € HT/t) ; à titre de comparaison, l’enfouissement a un coût de 160 € HT/t au Canada. Par ailleurs, le stockage en centre d’entreposage est générateur d’artificialisation définitive des sols.


La co-incinéation en cimenterie de ces matériaux composites peut être à l’origine d’apparition de réaction alcali-granulats et de la formation d’éttringite au détriment de la qualité des produits finis, ce qui nécessite des précautions de préparation à l‘entrée des fours .

Les industriels de la cimenterie feront supporter aux producteurs de déchets les coûts de stockage, broyage et conditionnement avant incinération.

La valorisation matière par pyrolyse ou solvolyse fait l’objet de recherches dans un centre de Toulouse sur des matériaux composites de l’aéronautique, proches des composites constitutifs des pales d’éoliennes et de l‘industrie nucléaire (thèse de ZHIYA Duan en 2019 sur : « Etude d’un procédé d’élimination de résine époxy par pyrolyse appliquée au dés-enrobage de combustibles nucléaires »). Cette voie de valorisation n’en est qu’au stade du pilote, sans que l’on ait, à ce jour, une idée des coûts et de la faisabilité à l‘échelle industrielle. Les fibres de verre pourraient être alors valorisées après broyage comme filler en enrobés de chaussée et les fibres de carbone pourraient être recyclées.


«Le recyclage est freiné par des coûts de collecte et de traitement élevés", observe Mathieu Schwander, le responsable du programme smart composite à IPC, le centre de recherche de la plasturgie. Et lorsque recyclage il y a, le downcycling (dégradation de la matière) reste largement privilégié En l’absence de marché aval, les pales terminent au mieux, valorisées énergétiquement, au pire enfouies en décharge. Dans le premier cas, elles sont déchiquetées et éventuellement broyées avant d’être introduites dans un four de cimenterie en remplacement du mazout. Les broyats peuvent entrer dans la constitution de combustibles solides de récupération (CSR), mais à un coût dissuasif.


Résultat, les morceaux sont enfouis dans "la majorité des cas", affirme Delphine Garnier, la responsable ingénierie du projet D3R. À l’instar de ce qui se passe dans l’industrie nautique qui utilise, elle aussi, une grande quantité de composites en fibre de verre. "Il n’y a pas encore de filière de valorisation matière", reconnaît Ivana Lazarevic, chargée de mission pour la Fédération des industries nautiques, qui pointe un gisement éparpillé et compte sur l’union des secteurs pour massifier les flux et justifier la création d’une filière de recyclage. » (Source l ’Usine Nouvelle, 20 2 2019).

Les aimants constitués notamment de bore et terres rares dont le néodyme ne sont pas recyclables en l’état des techniques mobilisables. Une unité du CEA à Grenoble mène des recherches sur un pilote industriel et parvient aujourd’hui à un niveau de recyclage de 20 %. HITACHI mène des recherches au Japon sur ce sujet depuis 2017 avec le METI, le BRGM avec le projet Extrade qui touche le recyclage de l’ensemble des terres rares. A ce jour en l’absence de filière mature de recyclage, le stockage en centre dédié de classe 2, voir de classe 1, représente un coût de 120 € HT/t hors transport .


Le mat constitué d’aciers spéciaux boulonnés ou assemblés par manchons représente environ 145 tonnes. La valorisation de ces matériaux après découpe ne pose pas de problèmes particuliers, à un prix moyen d’environ 420 € HT/t hors coût hors transport. A souligner que les prix de vente fluctuent en fonction des cours du marché qui est dominé par les fonderies électriques de deuxième fusion italiennes. Les mats en béton (technique Enercon) sont valorisables après concassage sur le marché local. Leur faible valeur marchand interdit tout transport au-delà 20 à 30 km.

Les fluides techniques sont représentés par 1000 litres d’huiles minérales et 600 kg de liquides diélectriques constitués d’esters de synthèse ou produits de refroidissement. Après récupération, ils peuvent être régénérés en centre de traitement spécialisé avec un coût de collecte à 80 € HT /t + traitement de 70 € HT/t.


La nacelle y compris système d’orientation avec moteur (frein, rotor, générateur-convertisseur, refroidisseurs, régulation électrique, arbre primaire et secondaire, multiplicateur) d’un poids de 70 tonnes, le moyeu de commande du rotor (20 tonnes), et l’armoire de couplage au réseau électrique sont d’abord vidangées des fluides techniques et pièces annexes (batteries) ; puis ces éléments sont démontés et dirigés vers une plate-forme technique pour être désossés avant que les différents éléments métalliques ou organiques soient recyclés. Après tri, les éléments non recyclables seront orientés vers un centre de stockage de classe 2 à un coût de 65 à 120 € HT/t hors transport. Certains éléments après récupération et révision peuvent faire l‘objet d’un deuxième usage sur le marché de seconde main (www.windturbinescout.com). Ce dernier point ne concerne pas les pales soumises à des champs de contraintes et d’usure régulières à terre mais aussi en mer ( Dong Energie, groupe danois, a dû procéder à la réparation et à la modernisation de 273 pales du champ offshore Horns Rew 2 en 2015, cinq ans après son inauguration du fait de l‘érosion liée au mélange eau-sel-sable-glace). On peut s’interroger sur l’innocuité des micro-particules liées à cette usure !

Chaîne électromécanique à multiplicateur de vitesse d’une éolienne Nordex N60 (1300 kW)

(Source : Etat de l’art des aérogénérateurs Bernard Multon, Olivier Gergaud, Hamid Ben Ahmed, Xavier Roboam, Stéphan Astier, Brayima Dakyo, Cristian Nikita -24 2 2012)

Les fondations d’un volume de 600 m3 constituées de béton et de fer à béton sont démantelées au brise-béton, le béton broyé pour recyclage et les ferrailles recyclées dans des fonderies de deuxième fusion. La faible valeur de ces éléments pondéreux grevés par les prix de transport ne peut couvrir les coûts du démantèlement et de la réhabilitation du site notamment d’obturation de la fouille à l’aide de matériau meuble en respectant les contraintes liées à la protection des eaux souterraines.

Synthèse de la valorisation des sous-produits d'une éolienne

1 -Valorisation brute du béton du mât et des fondations : recettes 0 euros

Il n'y a pas de filière de valorisation du béton avec des coûts de transport des pondéreux à 70 cts€ la tonne-kilomètre. La seule possibilité économiquement raisonnable en dehors de la décharge en carrière serait l'organisation d'appels d'offre (à prix gracieux) de remblai pour les travaux publics dans une zone de 20 km autour du parc démantelé.


2 - Valorisation brute des ferrailles (béton et mécaniques d'arbre): recettes 0 euros

Il n'y a pas de fonderies de seconde fonte en France, elles se trouvent en Italie du nord. Le prix d'achat de ces ferrailles par les fondeurs est de 200 à 400 €/tonne. Leur prix de transport est de 70 cts€/tonne-kilomètre. Il n'est pas difficile de comprendre que le transport coûte plus cher que le produit de la vente.


3 - Valorisation brute des turbines : recettes 17 300 euros

La partie des turbines et le câblage représente en gros 70 tonnes. Il faut les désosser et séparer les parties aimants et les armatures métalliques.

Source : https://cpdp.debatpublic.fr/cpdp-eolienmer-pdlt/quelles-sont-caracteristiques-techniques-eoliennes-envisagees.html#:~:text=La%20longueur%20approximative%20des%20c%C3%A2bles,d'environ%206%20400%20kg.

Le cuivre (6,4 tonnes) peut être revendu sur les marchés 2,70 €/kg car il doit être retraité soit 17 300 €. C'est le seul revenu admissible du recyclage.


4 - Valorisation brute des fluides : recettes 0 euros

Les fluides comprennent les huiles (500 à 1000 litres), les produits réfrigérants et les esters (remplaçants du PCB) dans les armoires électriques. Ils sont envoyés en centre de régénération où leur traitement est payé par l'ADEME.


5 - Valorisation des pales : recettes 0 euros

Les pales (18 tonnes par éolienne) peuvent être mises en décharge (avec un coût) ou mises en cimenteries comme combustible de fours. A nécessité pour les cimentiers de les faire passer par des silos d'homogénéisation et d'utiliser des filtres à fumées ne les encourage pas à acheter ce comburant qui coûtera plus cher que le fuel eu égard au coûts de transports vers la cimenterie en général à 70 cts€ la tonne-kilométrique.

5 Conséquences sur le marché du démantèlement des éoliennes terrestres


De ces quelques données factuelles, il ressort que le marché de démantèlement des éoliennes ne dispose aujourd’hui ni des filières opérationnelles de recyclage ni des moyens industriels pour répondre à une demande dispersée dans le temps et dans l’espace. Il est clair qu’en l’état des prix de valorisation matières (qui varient très rapidement dans le temps -de 100 à 420 €/t pour les ferrailles entre 2002 et 2009-) ou énergie, ceux-ci ne couvriront qu’une très faible part des coûts de démantèlement et de stockage des déchets générés ; le stockage contribuera par ailleurs à l’artificialisation des territoires ruraux et le prix d’achat des métaux de deuxième génération ne couvrira au mieux que 200 à 300 km de transport.

La conséquence en est une sous-estimation significative des coûts de démantèlement et des garanties financières associées.

La prudence veut que l’on retienne, en l’état des connaissances et des marchés, des solutions de démantèlement sécuritaires mais plus coûteuses, au moins durant les premières années d’émergence du marché. Il s’avère par ailleurs urgent de développer des programmes de recherches et pilotes industriels à charge entière des syndicats professionnels de l’énergie éolienne déjà largement subventionnés (et non des contribuables) portant sur deux points principaux : recyclage et valorisation des pales, démembrement des turbines visant à valoriser leurs composants, notamment les aimants permanents.

6 Évaluation du coût du démantèlement des éoliennes terrestres


Différents professionnels ou organismes se sont penchés sur l‘évaluation des coûts de démantèlement des éoliennes terrestres ; les éléments de coûts fournis par les professionnels de l‘éolien de concert avec l’ADEME sont en effet, notoirement sous-estimés en utilisant avec des arguments qui sont en contradiction avec l’analyse qui a été faite dans les paragraphes précédents.


Afin d’éclaircir le débat, les évaluations qui sont fournis ci-dessous tenteront de préciser le périmètre et les conditions du démantèlement pris en compte ramenés au MW installé. En effet, Le poste de la déconstruction des fondations pèse d’un poids important dans l‘évaluation des coûts globaux.


En 2008 Saint Pierre SAS de Montpellier, entreprise de déconstruction a établi un devis pour l‘association Vent de Colère qui correspond à la démolition d’une éolienne de 3MW pour 900 000 € HT, hors démolition des socles en béton, soit 300 000 € Ht /MW. La ferraille récupérable reste à disposition. La durée du chantier est de 6 semaines avec une grue de 700 tonnes et 2 grues de 50 tonnes, une presse cisaille avec une équipe de 5 personnes.


En mars 2014, la société de déconstruction Cardem (groupe Vinci) a établi un devis pour démolition à l‘explosif d’une éolienne E10 ayant brûle pour le comte de NORDEX, à l‘exclusion des fondations mais y compris évacuation et le traitement des matériaux de démolition pour 425 280,65 € HT avec une déduction de 80 462,50 € HT de revente de matériaux € HT, soit un coût final de 344 815,15 € HT pour 2,5 MW et 138 000 € HT /MW. La durée du chantier est estimée à 7 semaines. L‘abattage à l’explosif est difficilement envisageable pour des ouvrages en bonne état de marche compte tenu des risques de contamination des sols et des eaux.


Nos voisins allemands, nettement plus prudents, décrètent, eux, (décision du 4/11/2015 en Rhénanie du Nord-Westphalie) l’obligation d’une provision minimale de 6,5 % du prix total de l’installation, soit 715 000 € pour une machine Enercon E126 de 7 ,6 MW valant 11 millions d’euros (@rioujeanpierre), soit 94 000 €/MW que l‘on suppose être HT et hors démolition des fondations.


Dans son audition sous serment du 79 mai 2019 Monsieur Grandidier, président de Valorem qui gère 150 à 170 mats en France, devant la Commission Auber (http://www.assemblee-nationale.fr/15/cr-cetransene/18-19/c1819023.asp ) concluant entre 50 et 75000 euros par MW, soit pour une éolienne de 2,3 MW un coût compris entre 115 k€ et 173 k€.

« J’en arrive au socle en béton des éoliennes. Il est possible de retirer intégralement ces fondations. Nous y avons procédé pour une machine. L’opération est certes plus coûteuse qu’un retrait partiel. Cela étant, le démantèlement d’un parc éolien coûte 50 000 à 75 000 euros par MW, soit 3 % à 5 % du coût de construction » ( M. Grandidier )

Il n’apparaît pas clairement si le démantèlement des fondations est pris en compte et dans quelles conditions, notamment pour l‘obturation de la fouille ni si l‘estimation tient compte de la TVA.

En mars 2019, nous avons été amenés à évaluer le coût de démantèlement d’une éolienne de 2 MW à 275 000 € HT soit 137 500 € HT/MW, y compris arasement des fondations sur 0,80 m.

Ces approches sont assez dispersées dans un rapport de 1 à 6, les bases d’évaluation n’étant pas comparables.

Les coûts de démantèlement des aérogénérateurs comprennent :

- Les coûts de déconstruction qui intègrent l‘immobilisation de l‘équipe et du matériel (engins de chantier détaillés plus haut et base vie) que l‘on peut apprécier à 4 à 5 semaines ;

- Les coûts associés au transport, au tri-recyclage, valorisation énergie ou matière, le stockage des rebuts des produits de déconstruction et qui sont détaillés ci-après.


On peut retenir comme coût du démantèlement par MW installé une valeur de 150 000 € HT, avec en sus une TVA au taux de 20 %, y compris arasement des fondations sur 0,80 m, avec une distance de transport des matériaux à éliminer sur 50 km vers de filières adéquates. Cette première évaluation est sous-estimée d’au moins 20 % pour les premières années de développement du marché qui ne pourra pas bénéficier de l‘effet de série et de l’expérience acquise sur les premiers chantiers.

Ces coûts ne pourront évoluer qu’à la hausse compte tenu d’une exigence sociétale et réglementaire toujours plus contraignante, notamment au niveau du recyclage et de la raréfaction des centres de stockage de déchets. Cette appréciation est confirmée par l‘évolution du marché de la déconstruction de ces deux dernières décennies.


On reste loin des garanties demandées par l’État (50 000 euros) par éolienne lors de l'autorisation d'exploiter.

L‘évaluation des coûts de démantèlement d'une éolienne terrestre de 2 MW dépendent pour une part significative de la déconstruction des fondations et de son comblement de matériaux de même nature que les terrains environnants, comme déjà souligné. Ces éléments ne prennent pas en compte la réaffectation au prorata du nombre d'éoliennes des frais de remise en état des parkings, aires de maintenance, des routes d'accès et des postes de raccordement au réseau électrique pour le champ d’éoliennes considéré.

7 L'encadrement du démantèlement

En principe, les travaux liés à un ICPE doivent être encadrés.

Les prestataires sont des sociétés spécialisées telles SOCOTEC ou VERITAS qui assurent différentes fonctions :

- La maîtrise d'oeuvre du démantèlement.

- La production du plan de recollement en fin de travaux.

- La coordination de l'hygiène et de la sécurité.

- La vérification de l'état des lieux comme par exemple l'absence de pollution des nappes phréatiques.

Cela représente un coût qui représente généralement 10 % du coût de la démolition concernée.

8 Récapitulatif de l'état financier

Le tableau ci-après précise les coûts annuels HT associés au démantèlement des éoliennes y compris fondations sur 0,80 m pour 150 000 €HT/MW, les gains liés à la valorisation matière ou énergie n’étant pas pris en compte en déduction compte tenu du manque de maturité du marché, des coûts de transport et de coûts matière déprimés liés à a crise actuelle.

Ces coûts ne pourront évoluer qu’à la hausse compte tenu d’une exigence réglementaire toujours plus contraignante, notamment au niveau du recyclage et de la raréfaction des centres de stockage de déchets, comme déjà souligné.

A ces frais il convient d’ajouter les coûts :

- Associés aux frais généraux de l’entreprise et de garanties bancaires

- De maîtrise d’œuvre et de rapport de recollement dû à l‘administration

- De contrôle et suivi HSE

- De constat d’huissier avant et après travaux

- Liés à des aléas et imprévus (transport, évolution réglementaire plus contraignante, évolution des contraintes HSE…)

Pour une charge complémentaire que l’on peut estimer à 10 % ainsi que la TVA (Les travaux de démolition relèvent du taux normal dans les autres cas, notamment en cas de démolition totale, que celle-ci soit pure et simple ou suivie d'une reconstruction, CG des Impôts)

Il ressort de cette analyse que le coût de démantèlement d'une éolienne terrestre de 2 MW dépend pour une part significative de la démolition des fondations, de l'excavation et de son comblement de matériaux de même nature que les terrains environnants. Cette approche n’intègre pas la réaffectation au prorata du nombre d'éoliennes des frais de remise en état des parkings, des routes d'accès, des aires de maintenance et des postes de raccordement au réseau électrique pour le champ d’éoliennes considéré.


Approche des Coûts de démantèlement des parcs en place entre 2021 et 2037 à venir

Sur la base des parcs raccordés annuellement indiqués au chapitre 1 présenté ci-dessus et d’une évaluation unitaire de 150 000 € HT/MW avec les réserves exprimées ci-dessus, le marché du démantèlement des éoliennes actuellement raccordées est résumé ci-après :


Le montant du coût de démantèlement des 8000 éoliennes en production en 2020 à démonter avant 2040 ressort à 2 milliards d'euros HT sans les coûts et charges annexes partagés du parc éolien.

Les sociétés de parc déposent en garanties 20% de cette charge, ce qui signifie que 80 % de la dépense reviendra aux communes ou aux propriétaires des terrains et, disons-le, à l’État soit 1,6 milliard d'euros auxquels on ajoutera les coût et charges annexes (frais divers, chemins d'accès, parkings et postes de raccordement).

9 Synthèse et Conclusions

Le démantèlement des éoliennes constitue un nouveau défi lié à une structure de production industrielle bien particulière auquel nous ne sommes pas préparés et, qui au-delà des messages qui sont délivrés, présente de nombreuses difficultés avec une empreinte environnementale qui qui est loin d’être neutre. Il est urgent que les professionnels prennent à leur charge les recherches nécessaires au développement et à la maîtrise de cette filière industrielle, en se rapprochant si nécessaire de l‘industrie aéronautique et nautique ainsi que du syndicat de la plasturgie pour ce qui concerne le traitement des pales.

Les exigences sociétales d’une part, l’accroissement de la pression réglementaire qui en est la conséquence d’autre part conduiront à un accroissement des coûts déjà notoirement sous-estimés, et ce d’autant que des mesures de protection des travailleurs pourraient apparaître au fil du temps et de l‘expérience.

A défaut un nouveau type de friche industrielle pourrait voir le jour, diffuse dans l‘espace et destructrice de nos paysages.


J L Rémouit et Jacques Ricour pour Énergie Vérité

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